Théâtre du Centaure 7e Vague

Théâtre du Centaure, une relation…

 

Le centaure, animal mythique mi-homme mi-cheval, est aujourd’hui personnifié par le Théâtre du centaure. Depuis plus de 20 ans, la compagnie dirigée par Camille et Manolo, tous deux acteurs centaures, offrent des spectacles inclassables (théâtre, cirque, danse) qui ravissent les publics internationaux (Berlin, Rotterdam, Istanbul, Singapour …). Pour la saison 2015-2016, ils nous proposent La 7e Vague. Présentée au 30e festival d’Aurillac en 2015, le spectacle noue un suspense haletant autour de deux amis centaures traders dans la haute finance. Les centaures se produiront au Théâtre, Scène Nationale de Mâcon, du 7 au 9 janvier 2016.

 

Le Théâtre du Centaure, La 7e Vague !
Du 7 au 9 janvier 2016 au Théâtre, Scéne Nationale de Mâcon !

 

Théâtre du Centaure 7e Vague

Tout d’abord présentez à nos lecteurs la 7e vague. Quelles sont les portées symboliques et humaines de ce spectacle ?
«Des centaures dans le monde de la haute finance, cela met d’emblée en perspective la sauvagerie du monde de l’argent avec la fragilité de la vie animale et de la vie tout court. Alors comment les centaures vont réagir dans l’univers de la banque et de la haute finance ?
Ils se révèlent être des supers traders car extrêmement rapides et instinctifs. Dans ce monde où il faut vendre à la milliseconde avant même d’avoir acheté, la vitesse est un enjeu primordial.
Cependant leur hybridation animale les unie à la nature et leur donne une perception globale de la vie, reliée au plus petit organisme comme au plus grand.
Alors … Les centaures sont-ils des supers prédateurs ? Ou leur instinct animal leur donne donne-t-il l’acuité d’une vision pour la sur-vie-collective de l’espèce ?
Dans les soubresauts de notre monde en crise, ils pressentent l’arrivée d’un grand bouleversement qui balaiera tout sur son passage, La 7e Vague..

 

Début Octobre, vous présentiez la 7e vague au Château Rouge d’Annemasse. Comment s’est déroulé le lancement de la saison, quel a été l’accueil du public ?
Lancer des centaures de 600 kg au grand galop sur un plancher de théâtre à 1,50m au-dessus du sol et à quelques centimètres du 1er rang des spectateurs, c’est en soit un petit défi technique que nous réalisons avec les équipes qui nous accueillent. Ça aussi c’est une aventure qui se partage.
Et l’impact surréaliste de cette puissance animale frémissante et bondissante n’en est que plus fort.
Au-delà de cette dimension spectaculaire, le centaure est une utopie qui existe parce qu’on y croit. Il existe par les années de pratique et de vie commune, il existe par le lien à l’autre, par la fragilité d’une caresse.
C’est cela le plus important pour nous et je crois que c’est la réalisation de cette utopie qui émeut les gens.

 

Théâtre du Centaure 7e Vague
Akira et Bertrand©-Francesca-Todde

La relation entre l’homme et le cheval est une condition sine qua non au bon déroulement du spectacle. Quelles sont les conditions, les compétences, de part et d’autre, qu’ils doivent avoir pour faire un bon centaure ?
La qualité primordiale c’est l’écoute. L’écoute de l’autre pour être disponible à lui. Oui, vous avez raison, le centaure c’est d’abord une relation. Ariane Mnouchkine dit qu’elle demande à ces acteurs de muscler leur imaginaire. Nous, nous mettons des années à muscler notre relation. Une relation forte, intime, fragile pour être ensemble. Car nous avons l’impression que tout seul on n’existe pas vraiment. JE n’existe pas, seul NOUS existe réellement. Le centaure est la métaphore de cette réalité universelle.

 

La qualité primordiale c’est l’écoute !

 

Relation de longue haleine, est-elle une relation à sacrifices ?
Nous parlons plus volontiers d’engagement que de sacrifice ; car cette relation nous engage l’un par rapport à l’autre pour toute la vie.
Centaure, c’est aussi un choix de vie. Exister avec l’autre, animal ou humain, c’est bien sûr des contraintes. Mais ces liens qui nous attachent sont infiniment plus gratifiants que la sacro-sainte liberté individuelle que notre société a survalorisée depuis 50 ans.
Basé à Marseille depuis 1995, le Théâtre du Centaure a fait construire un chapiteau à taille « centauresque ». Quels défis architecturaux ont été relevés ?
Construire les bâtiments et l’espace du Théâtre du Centaure est pour nous une aventure créative au même titre que nos films e nos spectacles.
En 2001, nous étions invités dans le In du Festival d’Avignon. Nous préparions alors une adaptation de Macbeth de William Shakespeare. Nous avons alors décidé de construire un bâtiment démontable qui serait à la fois la scénographie de Macbeth en tournée et notre futur théâtre permanent à Marseille. Cela faisait déjà des années que nous réfléchissions à la question de l’espace scénique pour l’acteur centaure. Quand le ministère de la Culture nous a présenté l’architecte Patrick Bouchain, nous sommes arrivés avec un énorme cahier de notes et de croquis griffonnées sur des nappes de restaurants. Nous voulions réunir en un même lieu l’espace construit du théâtre et l’espace sauvage de la nature, relier le ciel et la terre, l’intérieur et l’extérieur.
En marge de l’un des croquis, Patrick a écrit « Bravo, c’est le programme ! ».
Il nous a dit « Vous êtes de bons architectes, vous pouvez assumer vous-mêmes la maîtrise d’œuvre et la maîtrise d’ouvrage du bâtiment. Je ne ferai que vous accompagner et je le ferai gratuitement en échange d’une roulotte sur votre terrain. »
Et c’est ce qu’il a fait !
Après des mois de textes, d’études et de tâtonnements, nous sommes partis sur la plage de Beauduc (en Camargue) avec les chevaux. C’est finalement les galops dessinés dans les dunes qui ont validé la forme définitive du bâtiment et de la scénographie.
Il en résulte un volcan de toile noire dont le cône se termine par une coupole transparente de 12m de diamètre. À l’intérieur, les spectateurs étaient assis sur des coussins à flanc de colline sur la pente du cratère face à la piste principale et entourés par une coursive qui permet aux centaures de passer au-dessus de leur tête au grand galop. Comme au Théâtre du Globe de Shakespeare, le public est à la fois « face au monde et dans le monde ». C’est un espace circulaire propre à la motricité naturelle des chevaux, et en même temps c’est un espace vectorisé propre à la parole des acteurs, du cadre de scène vers les spectateurs.
C’est la réunion de l’espace du cirque et de l’espace du théâtre, une quadrature du cercle en quelques sortes. Mais au-delà de ce chapiteau …

Théâtre du Centaure 7e Vague

Pour nous, le site tout entier de la compagnie fait œuvre, intimement lié à la vie.
Nous vivons là dans des roulottes anciennes à quelques mètres des écuries de nos moitiés animales. Toutes les écuries, le pavillon d’accueil – et bientôt l’administration et les habitations, sont construits en bois sculpté. C’est un palais de bois que nous avons réalisé sans couper un seul arbre. Nous travaillons avec un charpentier en Indonésie qui récupère sur de vieilles maisons et des vieux ponts du Teck ancien. Finement sculptée à la main, chaque poutre, chaque planche a entre 50 et 150 ans d’âge.
L’ensemble est assemblé sans clou ni vis et posé dans la nature sans emprise sur elle et sans fondation. L’ensemble constitue l’espace de vie et de travail des centaures ouvert à la promenade et la rêverie des visiteurs. L’ensemble est conçu selon cette dialectique du lien entre l’intérieur et l’extérieur, du lien entre la nature et la culture.
Après plusieurs années de préparation, le 20 novembre prochain, nous posons avec le Maire, la première pierre de notre réimplantation dans le 9e arrondissement de Marseille. Nous serons là dans la 2e ville de France, en zone urbaine sensible et à proximité immédiate du tout nouveau Parc National des Calanques, l’un des plus grands et plus beau parc naturel d’Europe. Nous serons donc un trait d’union entre ville et nature comme le centaure est un trait d’union entre l’homme et l’animal. Ici les centaures existent.
Pour nous, c’est avant tout l’endroit où on fabrique nos utopies.
Le Théâtre du Centaure, c’est une hétérotopie, l’endroit concret, réel où l’on réalise des utopies … une cabane d’enfants pour héberger l’imaginaire.

 

Théâtre du Centaure : « cette relation nous engage l’un par rapport à l’autre pour toute la vie. »

 

 

Votre métier, votre relation avec vos moitiés animales font rêver plus d’une personne. Quels conseils donneriez-vous aux enfants, ados, qui tous comme vous sont passionnées et aiment les chevaux et qui veulent en faire leur travail ?
Pour tout le monde, pour les humains comme pour les centaures, le plus important au monde c’est la qualité d’une caresse.
Centaure ce n’est pas un métier, la case n’existe pas sur les documents administratifs ! Alors sans doute que nous n’existons pas. Pourtant nous sommes là, au cœur des cités et dans les champs de blé, dans le même monde que tout le monde.
Nous ne savions pas que c’était impossible, alors ensemble, nous l’avons fait : le centaure.
Alors un conseil ! Il faut fermer les yeux et croire en quelque chose d’impossible …

 

Nous vous rappelons que le Théâtre du Centaure présentera la 7e Vague du 7 au 9 janvier au Théâtre, scène nationale de Mâcon !

 

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