TikenJahFakoly DernierAppel © Youri Lenquette

Tiken Jah Fakoly

 

Interview de Tiken Jah Fakoly par Vibration Clandestine

 

Tiken Jah Fakoly est un artiste engagé qui a toujours milité en faveur des droits et des libertés du continent africain. Avec Dernier Appel, il délivre un album qui pousse les populations africaines à se donner la main pour avancer ensemble. C’est aussi un album personnel dans lequel Tiken Jah Fakoly se livre et se délivre. Sans aucun doute, Dernier Appel est un album formidable porté par les valeurs du reggae.

 

 

Tiken jah Fakoly©YouriLenquette
Tiken jah Fakoly©YouriLenquette

Dans le titre Dernier Appel, tu appelles les Africains à rentrer pour relever leur continent. Est-ce la seule voie pour réussir ?
La seule voie c’est l’unité sur place. L’unité est la force du peuple africain, si l’on n’est pas uni, on ne fait rien même si tout le monde se mobilise. Les coups d’état ne font pas avancer les choses. Il y a des combats qu’il faut mener intelligemment sans se taper dessus, avancer avec des stratégies et sans violence.

 

 Donc comme Nelson Mandela, tu penses que le dialogue et le pardon sont indispensables pour repartir sur de bonnes bases…
Oui, bien sûr ! Récemment, je suis allé en Afrique du Sud et j’ai constaté les fruits du travail de Mandela, pour que les blancs et les noirs travaillent ensemble, pour que le partage soit équitable ! Il ne faut pas mettre les occidentaux dehors, nous avons besoin d’eux. Il a préféré la paix et la réconciliation et aujourd’hui l’Afrique du Sud est en train de se positionner comme le pays le plus puissant du continent.

 

 Dans le prix du paradis. Tu pousses les Africains à se battre pour leurs droits. Les trouves-tu trop passifs ?
Oui, cela est lié à notre histoire. D’abord il y a eu les missionnaires, puis les musulmans et maintenant nous attendons que Dieu fasse tomber les choses du ciel. Mais rien ne vient. Nous sommes sur la même planète que les pays qu’on envie. Beaucoup de jeunes vont en France, aux États-Unis, au Canada et voient dans l’histoire des pays que celle-ci n’a pas toujours été facile. Nous n’avons pas le choix, il va falloir passer par ce chemin, par le travail, tous ensemble devant l’intérêt général. Pour que l’on puisse avancer il faut être tous ensemble !

Aujourd’hui, quand je mets ma modeste voix à disposition du peuple africain,
 c’est pour ceux qui n’en ont pas. 

 Plusieurs duos sont présents sur l’album, avec Nneka, Alpha Blondy, Patrice. Penses-tu que les collaborations augmentent la force, la portée des textes ?

Tiken jah Fakoly©YouriLenquette
Tiken jah Fakoly©YouriLenquette


Oui j’ai toujours pensé ça, les chansons sont portées par les mots et quand tu collabores avec d’autres artistes qui apportent un nouveau point de vue cela ne peut qu’amener la chanson à un niveau supérieur. Des artistes, quand je leur parlais collaboration, ils me parlaient argent, je leur répondais : « Allez-vous faire foutre ». Pour moi, c’est une histoire d’arrangements musicaux mais surtout un partage. La présence de Nneka, d’Alpha et de Patrice ne pouvait qu’amener une nouvelle dimension aux chansons.

 

 Quel est le sujet de Tata ?
Tu sais, j’ai une grande fille, sa mère a été mon premier amour, j’avais 18 ans. Nous voulions nous marier. Je lui ai dit de patienter, le temps de gagner de l’argent, je voulais être musicien et ça a pris 10 ans. Quand je suis revenu vers elle, elle avait été mariée par ses parents. Elle n’a pas eu une vie facile et quand j’ai appris son décès, j’ai été très touché. La chanson est pour elle.

 

 Le 2 juin, jour de sortie de l’album, celui-ci aura deux versions. Pourquoi ?
L’album africain aura 16 titres et l’album français aura 12 titres. Les 4 morceaux sont des chansons qui abordent des sujets et des thèmes qui ne sont pas d’actualité en France. Par exemple, le taux d’analphabètes en Afrique, est très important et je pense qu’une chanson sur l’importance de l’école et de l’éducation n’est pas forcément nécessaire en France.

 

 Sur la pochette de l’album, on te voit avec un porte-voix. Te considères-tu comme tel ?
Je suis chanteur de reggae. Dans l’absolu, les chanteurs de reggae se positionnent comme la voix de ceux qui n’en ont pas. Quand Bob Marley chantait pour Trench town, les gens des ghettos de Paris, ceux des ghettos de Moscou se sont reconnus dans son message. Aujourd’hui, quand je mets ma modeste voix à disposition du peuple africain, c’est pour ceux qui n’en ont pas.

tikenjahfakoly.artiste.universalmusic.fr

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